lundi, 28 novembre 2022
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L’optimisme de la laïcité

En Iran, des jeunes filles, des femmes et beaucoup d’hommes aussi clamaient leur désir de liberté en Iran et bravaient les violences des milices obscurantistes du régime des mollahs au cri de « femme, vie, liberté ».

A Wavre, ce 8 octobre 2022, le peuple laïque francophone se réunissait pour se retrouver, se redéfinir, lutter ensemble pour les droits humains. Le combat des femmes iraniennes inspire celui des féministes et surtout de tous les partisans d’une véritable démocratie basée sur la séparation des religions et des Etats, et ce dans le monde entier. Il nous rappelle que rien n’est acquis définitivement et que la vigilance démocratique est de mise partout et tout le temps. 

Emancipation des citoyens

La laïcité moderne représentée en Belgique francophone par le Centre d’Action Laïque et ses diverses régionales et maisons de la laïcité a posé à ses membres et militants la question suivante : « comment (re)faire société ? » à la lumière de la définition actuelle de la laïcité : « La laïcité est le principe humaniste qui fonde le régime des libertés et des droits humains sur l’impartialité du pouvoir civil démocratique dégagé de toute ingérence religieuse. Il oblige l’Etat de droit à assurer l’égalité, la solidarité et l’émancipation des citoyens par la diffusion des savoirs et l’exercice du libre examen. » (1)

Une définition portée par nombre de philosophes, d’humanistes, de représentants politiques qui souhaitent inclure ce concept dans la Constitution belge. La discussion est vive à ce sujet car pour certains le mot laïcité est trop connoté ou ambigu et d’aucuns lui préfèrent le terme de neutralité. Pourtant, l’actualité nous démontre que des précisions sur la laïcité à apporter dans la Constitution répondraient aux problèmes soulevés par le port du voile en certains lieux, par l’abattage rituel, par la trop grande importance de la filière d’enseignement catholique… Les magistrats seraient très contents de disposer de lignes plus claires lorsque des problèmes de ce genre sont amenés devant la Justice. 

Il ne s’agit pas d’une question théorique, si l’on en juge par le travail mené par le CAL Luxembourg sur la thématique « Séparation Eglises-Etat » : jusqu’où peut-on aller dans l’humour lorsqu’on parle de pédophilie, d’apparence physique, de handicap, lorsqu’on banalise des extrêmes, lorsqu’on évoque le génocide des Juifs, le racisme, les stéréotypes et autres préjugés. Autodérision, humour, oui mais dans les limites du respect sans entraver la liberté d’expression. Voilà le délicat équilibre à trouver dans le « vivre ensemble » multi-confessionnel et multiculturel que propose notre société qui est encore divisée en « piliers » idéologiques.

Esprit critique, où es-tu ?

Un des outils fondamentaux pour (re)faire société est l’enseignement, indissociable de l’esprit critique selon la réflexion menée par le CAL Namur.

Nous ne résistons pas à l’envie de citer in extenso la définition de l’esprit critique choisie par ces militants laïques : « L’ensemble des capacités et des critères qui permettent d’évaluer la qualité épistémique des informations disponibles et de doser de façon conséquente notre confiance en ces informations, en vue de prendre une décision, de se forger une opinion, d’accepter ou de rejeter une affirmation à bon escient ». Définition de E. Pasquinelli, M. Farina, A. Bedel, R. Casati. Juin 2020.

Une définition à laquelle le CAL Namur rajoute les notions de doute et de justice. Cette définition ne peut qu’inspirer les enseignants, les pouvoirs organisateurs du monde scolaire, les parents, tous ceux qui désirent s’émanciper des manipulations publicitaires, médiatiques, politiques et qui veulent passer du débat contradictoire polarisant au « bel échange ». Les cours de philosophie et de citoyenneté constituent, en ce sens, un apport précieux à une école rénovée dont le fonctionnement serait plus démocratique, où les élèves pourraient mieux choisir leurs parcours. 

L’esprit critique est aussi une des meilleures armes à opposer aux extrémismes de toutes sortes, examinés par le CAL Bruxelles qui constate que la promiscuité urbaine, l’insécurité et les inégalités sont le terreau des idées extrêmes et des tentations d’un Etat totalitaire. Une question d’une brûlante actualité avec la montée de l’extrême-droite dans plusieurs pays européens et l’utilisation des fake news pour désigner des ennemis intérieurs ou extérieurs. L’éducation aux médias est soulignée comme un élément essentiel contre la banalisation des idées extrémistes. 

Pauvreté, climat, logement

Laïcité Brabant wallon s’était penchée sur la pauvreté et la précarité sociale, Picardie Laïque analysait le thème « égalité femmes-hommes » et le CAL Charleroi se penchait sur le changement climatique et la justice sociale ». Tous thèmes largement analysés dans de très nombreux médias, livres et conférences et pour lesquels les militants laïques proposaient des questions telles que « comment rendre mobiles les institutions en milieu rural, faciliter l’accès à un logement décent pour tous, quelles actions de lutte contre la précarité amèneraient à plus de cohésion sociale ? » Ou encore : « déconstruire les stéréotypes et les assignations de genre sans délai et dès le plus jeune âge pour faire évoluer les mentalités », « renforcer et élargir l’offre des Maisons médicales », « mettre en place un parcours EVRAS (éducation à la vie relationnelle, affective, sexuelle) effectif, transversal et obligatoire dès la maternelle via par exemple les cours de CPC. Y intégrer notamment la distinction entre genres, sexe, sexualité et sexuation. »

Quant au changement climatique, il a inspiré de nombreuses réflexions et propositions concrètes visant à lier transition écologique et justice sociale, penser une souveraineté économique (énergie, consommation, rendre la gouvernance citoyenne possible dans l’exploitation des ressources. Bref : comment inscrire les institutions laïques dans la transition écologique et sociale ?

Cette dernière question était au centre des recherches menées par le CAL Liège sur le thème des droits humains. En cette société numérique à développement ultra rapide, on constate que 40% de la population belge est vulnérable, dépassée, exclue. Le numérique devient donc un enjeu majeur en terme d’information, d’éducation et de citoyenneté. Parmi les propositions, citons celles-ci : parlons d’inégalités socio-numériques plutôt que de fracture numérique ; adaptons la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme à cette réalité numérique et intégrons-y le droit à l’éducation et à la sécurité numérique et le droit à la déconnexion. Et surtout : garantir un droit d’accès à internet pour tous, tout en maintenant une présence humaine de proximité au sein des services publics. 

On se situe ici dans la sphère des droits de la troisième génération, à savoir les droits-solidarité. Il s’agit du droit à la paix, à l’environnement sain, à la justice sociale. Un droit transnational, mondial et surtout un exercice collectif pour défendre le droit du vivant. 

Voilà comment s’élargit le combat laïque aux défis du XXIème siècle, résumait la présidente du CAL Véronique De Keyser qui s’est réjouie de l’apport de notions nouvelles tel le plaisir comme moyen de lutte émancipatrice, la fraternité à introduire dans notre droit, préserver les biens communs à l’humanité tout en assurant une vie digne à tous. Elle souligna ces courants féministes qui refondent les Lumières, et ce chemin vers un humanisme universel qui ne se base pas sur la seule raison mais aussi sur les émotions, sur la capacité à partager les expériences fondamentales de la vie sans projection d’un modèle dominant un autre. La vision est bien celle, teintée d’optimisme, d’un destin commun de l’humanité.

(1) Convention laïque 2022. Organisée par le Centre d’Action Laïque (CAL) et ses régionales les 7 et 8 octobre 2022 à La Sucrerie à Wavre.

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