lundi, 28 novembre 2022
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« Belgium best country » au Poche : subtil étalage de richesses humaines

Un spectacle vivant sur la rencontre entre migrants et hébergeurs. Lorsque la solidarité citoyenne fait la nique à la frilosité et à la résignation du politique. La voix des exilés rapportée par ceux qui les ont accueillis. Une version littéraire brillante où l’humour sert de véhicule au documentaire. 

C’est une création théâtrale qui parle de générosité, d’humanité, de solidarité. Ne pas s’y tromper : le sujet n’est pas la Belgique. Il ne s’agit pas non plus d’autosatisfaction. Il s’agit de rencontres, improbables, entre des réfugiés – syriens, soudanais – et ceux qui les ont hébergés, en 2019, dans un élan de solidarité remarquable, surprenant, miraculeux.

On estime les familles d’hébergeurs belges à plus de 10.000, qui ont accueilli une fois un migrant chez elles. Sans trop réfléchir, face à l’urgence, il s’agit de mettre ces migrants à l’abri du froid, de les protéger des arrestations arbitraires et des expulsions à répétition. Leur parcours sous forme de fuite teintée d’espérance les avait conduits à connaître des moments très pénibles, traumatisants : « Guerre, Libya, torture… Italie, très mauvais. Belgium best country » : c’est l’expression qu’utilisaient alors les réfugiés tassés dans le parc Maximilien, continuant cependant à rêver de passer outre-Manche.

De cet élan de solidarité, il convenait de rendre compte. C’est ce que s’est dit Edgar Szoc, que l’on connaissait comme chroniqueur impertinent sur les antennes radio, avec Walid, mais aussi désormais Président de la Ligue belge des droits humains : « J’avais envie d’en laisser une trace, de rappeler ce qui a été possible, pour que ça le redevienne et le spectacle vivant me paraissait la forme la plus adaptée à ce phénomène lui-même éminemment vivant. »

Il importait, même avec un peu de recul, de faire entendre la voix de ces hébergeurs parlant de ces rencontres, assumant un rôle conforme à leur éthique, mais finalement beaucoup moins simple qu’il n’y paraissait.

Le titre “Belgium best country” comporte bien sûr une dimension ironique. Peu importent en fin de compte les motivations, paternalistes parfois ou effet de mode, l’hommage rendu à la mobilisation citoyenne montre la tension entre la société et les responsables politiques de l’époque. Le gouvernement fédéral (« de merde ») de l’époque est dirigé par un certain Charles Michel, l’actuel Président plastronnant du Conseil européen, le Secrétaire d’Etat à l’immigration s’appelle Théo Francken, qui se vantait de s’asseoir sur les principes de la Cour européenne des Droits de l’homme en matière de réfugiés politiques.

Il y a une constante, note l’auteur: « c’est la politisation progressive de beaucoup d’hébergeurs. Ce qui a commencé comme un simple acte de solidarité humanitaire s’est souvent transformé en acte de résistance à la politique du gouvernement de l’époque. J’ai aussi remarqué que beaucoup de citoyens que rien ne prédisposait à cela sont progressivement devenus d’excellents spécialistes du droit des étrangers, qui est notoirement impénétrable… »

Premiers contacts et autodérision

Sur scène, dans une scénographie sobre de Julie Annen, elle-même hébergeuse de migrants en Suisse, les cinq comédiens traduisent au plus près les sentiments ambivalents des 10.000 familles hors-la-loi. Avec autodérision, ils racontent le premier contact, où se mêlent maladresse et drôlerie. Avec talent, à travers le témoignage exclusif des accueillants audacieux, ils parviennent à faire naître la représentation de ces migrants porteurs d’une histoire dont on ne connaîtra que des bribes.

Ainsi que le relève l’auteur, « redéfinir les rapports Nord-Sud apparaît comme un chantier ambitieux, qui ne sera probablement jamais fini. Il y a la volonté de construire des relations individuelles aussi symétriques que possible.

Mais est-ce possible ? C’est étrange, l’hébergement. On donne un peu, un tout petit peu. Et ça fait apparaître toute notre richesse. J’ai un aspirateur de table. Un aspirateur de table, bordel ! Comment expliquer l’aspirateur de table à un Soudanais qui rêve de miettes ? »

« Belgium best country » de Edgar Szoc. Mise en scène de Julie Annen. Avec Arnaud Botman, Marie Cavalier-Bazan, Nathalie Mellinger, Ninon Perez et Baptiste Sornin.
Théâtre de Poche, jusqu’au 26 novembre 2022.

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