samedi, 23 septembre 2023
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Ne pas abdiquer face au numérique

Le “tout-numérique”. Voilà bien un insidieux concept…
Faut-il, peut-on, réellement, raisonnablement, en toute logique ou sécurité, tout confier au numérique, en se déchargeant sur lui de la moindre tâche voire responsabilité animée à et confiée jusqu’ici à l’être humain?

Oui, le numérique, l’informatisation, l’automatisation ont des vertus facilitatrices, simplificatrices, voire libératrices, progressistes, mais ne laisse-t-on pas le balancier aller trop loin jusqu’à sortir l’homme, ses compétences, son rôle, ses spécificités, du cadre? Jusqu’à tomber dans l’oubli? Avec de lourdes conséquences et la perspective de grosses difficultés à préserver une place que l’être humain ne saurait – ne pourrait – en réalité abdiquer si légèrement?

Des exemples?
Prenons celui de l’hôpital. Un hôpital où le virage numérique a été pris – et, largement, pour de bonnes raisons et avec des effets bénéfiques, souhaitables. Mais le souci est que le virage est souvent pris à 180°, sans toujours préserver une capacité à fonctionner sans numérique, ou avec un numérique dégradé dans le cas où ce numérique se plante, est piraté, ou souffre de sérieux problèmes de cohérence, d’intégration…

Pourquoi lit-on partout qu’en cas de hacking, par ransomware notamment, un hôpital est “obligé” de fermer boutique, de fonctionner – au mieux – à minima pendant plusieurs jours voire plus, “incapable” d’accepter et de traiter des patients?
Pourquoi les acquis, les compétences, les réflexes du passé n’ont-ils pas été préservés comme ligne de secours? Pourquoi les données, les fichiers, soudain gelés, inaccessibles, cadenassés par un hacker obscur, n’ont-ils pas été sauvegardés sous une forme et en un lieu où ils restent accessibles et utilisables?

Pourquoi ce blocage, nous confiait un professionnel de la santé, alors qu’il suffirait dans pas mal de cas de prendre un papier, un crayon, un tableau, et de reconstituer une anamnèse rapide, de poser les bonnes questions au patient (ou à une personne en mesure de répondre à sa place), de ressortir des instruments qui ne sont pas pilotés par des lignes de code automatisées, et de continuer à soigner?

Le tout numérique ou le tout-au-numérique nous prive en fait, dans ce genre de basculement total qui nous semble prescrit, de compétences historiques, naturelles, bâties et enrichies au fil des âges, des générations, des acquis et expériences du quotidien.

D’autres exemples?
Combien désormais ne sont-ils pas totalement perdus – littéralement! – sans GPS? Qui oserait encore aujourd’hui se balader en ville et soudain déployer un “bon vieux” plan papier pour s’orienter, au risque d’être regardé comme un zombie rétrograde?

Depuis des années, on accepte sans trop s’inquiéter que les jeunes élèves et étudiants se privent du fabuleux outil de mémoire et de stockage de l’information qu’est leur cerveau, au prétexte que “tout se trouve sur Internet”.

L’arrivée et le buzz autour de ChatGPT et ses immenses implications potentielles (pour la créativité, l’imagination, la fiabilité et la richesse des raisonnements, la réflexion originale et originelle, le tri entre sources fiables et fallacieuses, la perspective d’un grand nivellement par suppression des originalités, etc. etc.), cette arrivée n’en est que l’étape suivante…

Et, bien entendu, les étudiant(e)s ne sont pas les seuls concernés. Créateurs, journalistes et autres professions sont aussi susceptibles de suivre la même voie. S’ils n’y prennent garde…

Que devient notre capacité de discernement et de critique constructive face à la moulinette GPT?

Que devient notre sens de l’orientation sans GPS? Que deviendront nos aptitudes de coordination oeil-mains-pied à l’heure des voitures entièrement autonomes et souveraines (sans nier forcément le fait qu’elles pourraient sauver des vies en évitant les erreurs humaines qui sont sources d’une majorité des accidents – à condition que ces erreurs humaines n’aillent pas se nicher dans les algorithmes…)?

Loin de nous l’idée de vouer le numérique aux gémonies, de vouloir nous priver de ce précieux outil. A condition de savoir raison garder.

La prise de conscience se doit d’être individuelle et collective. Pour chaque choix numérique que nous faisons, sachons – et c’est un immense défi d’information, de littératie, de compréhension – peser le pour et le contre, sachons déterminer jusqu’où aller, sachons nous donner les moyens de pouvoir “faire sans”. Au cas où… Sinon, le remplacement de l’homme par la “machine” a en effet déjà commencé.

Ce ne sont plus uniquement nos données (souvent précieuses) que nous confions, souvent trop aveuglément, au cloud, à l’“autre intelligence”. Ce sont, si nous n’y prenons garde, nos petites cellules grises, nos spécificités, nos différences, nos ressorts humains, que nous abdiquerions, laissant ce patrimoine en jachère, en situation d’intelligence en friche. Des capacités et aptitudes qui auraient certes évolué vers de nouveaux rôles et de nouvelles finalités mais en ayant perdu des richesses et… des automatismes cognitifs qui sont pourtant des maillons essentiels et inappréciables de ce que nous sommes.

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