mercredi, 21 février 2024
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Philippe Baudot, conteur bruxellois : quand l’imaginaire rencontre les récits historiques

Ils ne sont que quelques conteurs professionnels, à Bruxelles. Souvent le métier se combine avec une autre activité, d’artiste ou d’enseignant. Mais les jeunes vocations ne sont pas rares. L’un des conteurs emblématiques de la capitale nous explique comment il voit la profession.

Philippe Baudot a la soixantaine alerte et malicieuse. L’envie de devenir conteur lui est venue il y a une quinzaine d’années. Dans une vie précédente de dentiste, il lui arrivait de céder au plaisir de raconter des histoires fantaisistes à ses patients. Mais il faut reconnaître que ces derniers manquaient de répondant… Aujourd’hui, le père de Nic et Flup, deux piliers de bistrot, s’emploie à faire vivre divers lieux de l’histoire populaire bruxelloise.

Au hasard d’une visite dans l’un ou l’autre musée bruxellois – celui du Tram, la Maison du Roi, le Serment des arbalétriers ou encore le Musée des égouts – notre homme vous fera partager sa passion de l’histoire et du folklore. Ce qui m’intéresse, ce sont les us et coutumes populaires. Mon terroir, ce sont des histoires bruxelloises inspirées par des personnes que j’ai rencontrées.

Il s’agit toujours de personnages haut en couleurs, qui exercent des petits métiers. Il y a Bertha, vendeuse de poissons sur le marché de la Place Sainte-Catherine. Et surtout, Jeanine.

Le personnage de Jeanine m’a été inspiré par une patronne de bistrot, un vieux café de quartier qui se trouvait rue Saint-Ghislain, en face du Mont de piété, dans les Marolles. J’ai eu la chance, durant ses dernières années d’activité, d’entrer dans ce lieu tout à fait étonnant, hors du temps. J’ai été subjugué par la personnalité de la tenancière. Sa caractéristique, c’est qu’elle affichait la photo de tous ses clients décédés. Cela donnait un climat assez singulier, un peu dramatique, surréaliste. 

La petite et la grande histoire

Comment, dès lors, faire la part du réel historique et la partie inventée ? 

J’aime mettre en avant la vie des gens qui ne sont pas repris dans les livres d’histoire. Je m’intéresse à la vie quotidienne de la majorité de la population, pas seulement à l’histoire des puissants. Le travail de conteur, c’est cela, à mon sens. Mettre en lumière cette sorte de sagesse populaire, que l’on retrouve dans les théâtres de marionnettes traditionnelles pour adultes. Cela permet d’élargir le focus par rapport à ce que l’histoire officielle a retenu. Au départ de sujets ancrés dans le folklore, je raconte la petite histoire de la grande histoire, mais sans en rajouter des louches. Du reste, les lieux offrent souvent une telle richesse historique qu’il n’est pas vraiment nécessaire d’ajouter des éléments imaginaires.

Effectivement, les récits sont portés par les lieux, en résonance avec eux. A la Maison du Roi, je raconte les légendes de Bruxelles. Au musée des égouts, c’est l’histoire de la rivière historique de la ville, la Senne, les coulisses souterraines, les épidémies… Au musée Mode et dentelles, c’est l’histoire de l’activité économique de la dentellerie. Au Musée du Coudenberg, le Palais de Charles-Quint, ou au cimetière de Bruxelles,  les héros, ce sont les personnalités présentes à cet endroit. Ce que l’on raconte doit être adapté au contexte dans lequel on se trouve.

Ainsi, lorsque l’on visite le repaire des Arbalétriers de saint-Georges, guilde défenseure de l’autonomie communale, c’est à l’histoire de la bourgeoisie que l’on s’intéresse plutôt qu’à celle de la noblesse.

Bien sûr, notre homme sait adapter ses récits au public auquel il s’adresse. Un critère pour que cela fonctionne, c’est qu’il faut aimer l’histoire qu’on raconte. Si l’on se force à raconter une histoire qu’on n’aime pas, cela ne passe pas. Si une légende ne me parle pas, je refuse de la raconter, parce que je ne vais pas servir le récit comme il faut, ce sera ressenti par les gens.

La tonalité de l’humour est une marque de Philippe Baudot : Personnellement, j’aime bien le dialecte bruxellois. Cela permet de mieux qualifier les personnages. Et quand le dramatique est présent, c’est au deuxième degré : Pour les enfants, au moment d’Halloween, on peut jouer sur l’ambiance magique, mais sans aller trop loin, pour ne pas les terroriser.  Une anecdote : Je me trouvais, il y a quelque temps, dans les égouts, devant un public de 25 policiers. J’ai commencé en disant : le secret du crime parfait, c’est ici que ça passe. Tous étaient avides de connaître la suite…

Couvre-chef et accessoires adaptés, le souci du détail anime particulièrement le travail du conteur : Pour un sketch qui s’appelait Le roi des cornichons, il y a eu un vrai casting des cornichons. Je suis resté longtemps dans le rayon du supermarché à repérer le bocal correspondant parfaitement à l’histoire… Il faut dire que, suite aux chroniques de Nick et Flupke diffusées sur Vivacité il y a quelques années, il est arrivé que les caméras de France 5 débarquent dans la capitale pour filmer le personnage…

Un besoin d’imaginaire

Notre monde a-t-il besoin de conteurs ? Sans aucun doute : Il est important de garder la dimension de l’imaginaire. Avec l’omniprésence du virtuel, il y a un risque de stérilisation. Il faut conserver la capacité de chacun à élargir ses horizons par l’imaginaire. Si je raconte Blanche-neige à 20 personnes différentes, j’aurai 20 Blanche-neige différentes. Dans le conte, chacun verra le château différemment.

Le signe qui ne trompe pas, c’est qu’il y a un renouveau du conte. Ce n’est pas réservé à une certaine tranche d’âge. Des jeunes sont attirés. Ceux qui se lancent ont en général d’autres ressources professionnelles, souvent comme enseignant. Mais des formations existent. Notamment celles organisées par la Maison du conte, ou des master classes. On peut participer à des festivals, des tournées en France, au Québec. Un statut un peu nomade. Alors il devient possible de vivre de ses cachets.

Retrouver les histoires de Philippe Baudot

– Visites Hallucinées à l’Ultieme Hallucinatie – Rue Royale 316 à 1210 Bruxelles : les 11 mars, 8 avril et 10 juin 2023 (14h et 16h30)

– Petites histoires bruxelloises au Musée du Grand Serment Royal et de saint-Georges des Arbalétriers de Bruxelles : les 21 mars, 30 mai et 13 juin (15h)

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